2011-10-11

Les Trois Parques m’attendent dans le parking


Les Trois Parques m’attendent dans le parking
prochainement au Théâtre de Nanterre-Amandiers et au Théâtre Vidy-Lausanne

Les répétitions commencent aux Amandiers... 
(pas très loin du parking)


Trois questions du Théâtre Vidy à Jacques Rebotier

La pièce fait partie de la trilogie R.E.S. En quoi consiste ce projet ?
Événement, Rêve, Souvenir ; ou encore présent, passé, avenir : la réalité, c’est-à-dire notre pensée est faite de ces strates indémêlables, qui sont les trois visages de Janus. R.E.S jette sur le plateau ce flux incessé de la pensée intérieure et des sensations vécues, ce« bruissement de la langue » dont parlait Barthes. Les outils de cette restitution sont autant musicaux que « chorégraphiques », tant cet oratorio du quotidien, avec ses tutti, ses solos, ses reprises de thème est d’abord une danse de mots. Interprétée par des comédiens-musiciens virtuoses, rompus à mes partitions de paroles.
Entendre ce que nous disent les mots : en fait, je tourne autour de ce travail depuis longtemps, le début sans doute. Je cherchais quelque chose comme ça en 1992 avec la lecture du Cours de la langue à la Revue parlée du Centre Pompidou, ou avec cette Nuit de parole improvisée qui suivait à Avignon.
Depuis les chœurs de Réponse à la question précédente, je cherche à articuler ces deux versants de la réalité : la parole intérieure personnelle – ici pensée à voix haute, hors adresse –, et la parole extérieure, ce que l’on capte en permanence, comme par un micro omni, la rumeur de la langue du monde, nos perceptions. Et surtout cette idée de cours ininterrompu : le cours de la langue, ou plutôt la course de la langue, c'est ce texte qui n'a jamais commencé et qui ne finira jamais, l'impossible monologue-dialogue-trilogue-infinilogue intérieur, notre éternel monologue polyphonique, le bruit de fond de notre langue de fond, que nous finissons par ne plus entendre par ce que nous l’entendons tellement qu'il ne nous dit plus rien. En ce sens R.E.S. est une suite de Les Ouvertures sont, mais traitée en pleine lumière, sa face diurne, en langue joyeuse et vive. Enfin… j’espère. 


Vous êtes écrivain, metteur en scène et compositeur. Comment conjuguez-vous vos divers modes d’expression ?
Eh bien, c’est assez simple : j’ai arrêté de me battre avec mon cerveau. Autrefois je m’empêchais d’écrire des textes quand j’écrivais de la musique, et vice versa. Maintenant j’accepte. En plus, l’un me repose de l’autre, et re-vice versa ! Recta. Et comme tout cela se retrouve sur un plateau, voilà le troisième pied du trépied.
Ce soir, j’écoute les trois furies jeter des lambeaux de parole de sorts, je regarde les trois fées faire leurs vœux musicaux.


Quelles sont les premières œuvres (littéraires, picturales, musicales, etc.) qui vous ont marqué et pourquoi ?
Il y a pour moi une ligne secrète qui passe dans la littérature, Rabelais, Joyce, Pessoa, Héraclite, Jarry, Glenn Baxter, Ponge, Lewis Caroll, Gherasim Luca, Lie-Tseu, Sherman Alexie, Dada, Beckett, Tabucchi, Thoreau, Queneau,  Li Po, Pasilinaa, Brautigan, et qui traverse tous les arts, Carpaccio, Dubuffet, Monteverdi, Apichatpong Weerasethakul, Art Blakey, Wim Wenders, Satie, les Beatles, Godard, Debussy, Orson Wells, Kagel, Pina Bausch, Hergé, Trenet, Alechinsky, Pollock, STOP !
Il suffit de tirer le fil, et tissons Les Trois Parques, qui tissent elles-mêmes nos vies.

Image : avez-vous remarqué que l’image que j’ai choisie comme emblème de ce spectacle, est un visage d’autobus, lequel a tout l’air de s’excuser ? C’est une photo que j’ai prise en attendant le bus... à Lausanne. Oups !


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