2010-11-13

Für Ludwig

du 19 au 27 novembre, Festival 
Rainy days/Philharmonie Luxemburg
Für Ludwig, 1


Au compositeur bien-aimé et lointain.









Depuis bientôt trente ans, des lettres à Elise Beethoven, enveloppes chapardées dans les sociétés de concert, hôtels, ministères; adresses éclatées, timbres aléatoires, fabriqués parfois. Sourd à tous appels, le compositeur tutélaire. Mais plusieurs lettres reviennent, retour à l'expéditeur, quelques deux-cent : parti sans laissé d'adresse, inconnu... gestorben ! 

Hommage au Postier inconnu et zélé, qui a lu entre les lignes pneumatiques, qui a su décider "décédé" ! 



Cher Ludwig,

Depuis 1982, j’entretiens avec toi une correspondance suivie, malheureusement à sens unique.
J’ai beau te clamer mon enthousiasme, poster d’un peu partout des lettres enflammées, dans des enveloppes hautement personnalisées, souvent confectionnées avec mes moyens du bord, ou au contraire pourvues de l’en-tête le plus officiel, chapardé dans les couloirs des ministères ; dûment affranchies au tarif en vigueur ou timbrées à la va-comme-je-te-pousse ; de chez moi, France, ou de tout autre pays du monde, Monde : inexorablement elles me reviennent.
Luigi, pourquoi restes-tu sourd à mes appels ?
Au fil des années ce dialogue fantôme a fini par virer en un dialogue avec la poste elle-même. Les retours à l’envoyeur, leurs annotations, cachets, tampons, me sont peu à peu apparus eux-mêmes des messages, et témoignages : de la continuité, ou discontinuité, d’un service public, du sens de l’investigation de son département recherche, de la sagacité d’un postier.
Hommage à ce guichetier anonyme assez au fait de la biographie du maître pour être capable de m’informer qu’il a « déménagé » ! Merci à ces autres, sentinelles ultimes d’un bien collectif rongé par l’accumulation capitale, qui poussent la conscience professionnelle et l’enquête assez loin pour pouvoir in fine tamponner « n’habite plus à l’adresse indiquée » ; ou bien que Luis B. est parti sans en laisser, quand ce n’est pas pour toujours : « décédé », « deceduto », « gestorben » !
Mais honte à l’employé ignare qui ose écrire de toi « unbekannt », inconnu » ! Qu’il soit licencié sur-le-champ ! Engagez des vacataires Bac + 9 payés Bac – 9, cela ira beaucoup mieux ! Pom-pom-pom-pom. Luigi, ou Lewis, wo ist du ?
Mais dove ? Donde ? Clovis, ubi es ?
Il est sûr que le dénommé van B. écrivait lui-même des lettres, ne serait-ce qu’à une certaine Élise. On sait depuis peu que la destinataire vient d’être identifiée : Elisabeth Roeckel. J’ai donc bon espoir.
Cher Louis, ne me contrains pas à user de la force, ou de plus grands moyens encore : placarder partout des wanted infâmants, mettre ta tête à vil prix sur la toile d’araignée, exhiber dans une exposition au pilori les 267 lettres que ton silence m’a retournées, lancer un avis théâtral de recherche sur les scènes de l’univers, y jeter un super-inspecteur pianiste, lui-même un peu timbré sur les bords, 88 bords dentelés noir et blanc et oreille droite dressée sur tes traces.
Ô mon bien-aimé lointain, si tu lis ce message, écris plutôt au plus tôt à Poste restante, ou ce qui en restera, écris-moi n’importe où, mais vite, ça arrivera, ça viendra, il arrivera bien un jour que tout arrive.
Vale.
Josip Rčplotz
















Für Ludwig, 1
Postklanginstallation

une installation postale et sonore
de Jacques Rebotier

scénographie : Virginie Rochetti
design sonore : Bernard Valléry
Les emprunts à L’Oreille droite sont joués et dits par Alexandre Tharaud
textes et musique : © Jacques.Rebotier
     
production : Festival Rainy days (Philharmonie Luxembourg) coproduction : Festival Amadeus/Grange de la Touvière (CH), CLG Sidney (AU), Compagnie voQue (F)


Für Ludwig, 1 est le premier volet - installation - d'une trilogie concert-spectacle.


0 commentaires: