Les Trois Parques m’attendent dans le parking
prochainement au Théâtre de Nanterre-Amandiers et au Théâtre Vidy-Lausanne
Les répétitions commencent aux Amandiers...
(pas très loin du parking)
Trois questions du
Théâtre Vidy à Jacques Rebotier
La pièce fait partie
de la trilogie R.E.S. En quoi consiste ce projet ?
Événement, Rêve, Souvenir ; ou encore
présent, passé, avenir : la réalité, c’est-à-dire notre pensée est faite de ces
strates indémêlables, qui sont les trois visages de Janus. R.E.S jette sur le
plateau ce flux incessé de la pensée intérieure et des sensations vécues,
ce« bruissement de la langue » dont parlait Barthes. Les outils de
cette restitution sont autant musicaux que « chorégraphiques », tant
cet oratorio du quotidien, avec ses tutti, ses solos, ses reprises de thème est
d’abord une danse de mots. Interprétée par des comédiens-musiciens virtuoses,
rompus à mes partitions de paroles.
Entendre ce que nous disent les mots : en fait, je
tourne autour de ce travail depuis longtemps, le début sans doute. Je cherchais
quelque chose comme ça en 1992 avec la lecture du Cours de la langue à la Revue parlée du Centre Pompidou, ou avec
cette Nuit de parole improvisée qui
suivait à Avignon.
Depuis les chœurs de Réponse à la question précédente, je
cherche à articuler ces deux versants
de la réalité : la parole intérieure personnelle – ici pensée à voix
haute, hors adresse –, et la parole extérieure, ce que l’on capte en
permanence, comme par un micro omni, la rumeur de la langue du monde, nos
perceptions. Et surtout cette idée de cours ininterrompu : le cours de la
langue, ou plutôt la course de la langue, c'est ce texte qui n'a jamais
commencé et qui ne finira jamais, l'impossible
monologue-dialogue-trilogue-infinilogue intérieur, notre éternel monologue
polyphonique, le bruit de fond de notre langue de fond, que nous finissons par
ne plus entendre par ce que nous l’entendons tellement qu'il ne nous dit plus
rien. En ce sens R.E.S. est une suite
de Les Ouvertures sont, mais traitée
en pleine lumière, sa face diurne, en langue joyeuse et vive. Enfin…
j’espère.
Vous êtes écrivain,
metteur en scène et compositeur. Comment conjuguez-vous vos divers modes
d’expression ?
Eh bien, c’est assez simple : j’ai arrêté de me battre
avec mon cerveau. Autrefois je m’empêchais d’écrire des textes quand j’écrivais
de la musique, et vice versa.
Maintenant j’accepte. En plus, l’un me repose de l’autre, et re-vice versa ! Recta. Et comme tout cela se retrouve sur un plateau, voilà le troisième pied du trépied.
Ce soir, j’écoute les trois furies jeter des lambeaux de parole de sorts,
je regarde les trois fées faire leurs vœux musicaux.
Quelles sont les
premières œuvres (littéraires, picturales, musicales, etc.) qui vous ont marqué
et pourquoi ?
Il y a pour moi une ligne secrète qui passe dans la
littérature, Rabelais, Joyce, Pessoa, Héraclite, Jarry, Glenn Baxter, Ponge, Lewis Caroll, Gherasim Luca, Lie-Tseu, Sherman Alexie, Dada, Beckett, Tabucchi, Thoreau, Queneau, Li Po, Pasilinaa, Brautigan, et qui traverse tous les arts,
Carpaccio, Dubuffet, Monteverdi, Apichatpong Weerasethakul, Art Blakey, Wim Wenders, Satie, les Beatles, Godard, Debussy, Orson Wells, Kagel, Pina Bausch, Hergé, Trenet, Alechinsky, Pollock, STOP !
Il suffit de tirer le fil, et tissons Les Trois Parques, qui tissent elles-mêmes nos vies.
Image : avez-vous remarqué que l’image que j’ai choisie
comme emblème de ce spectacle, est un visage d’autobus, lequel a tout l’air de
s’excuser ? C’est une photo que j’ai prise en attendant le bus... à
Lausanne. Oups !